Partager l'article ! Battement précieux, battement périllieux.: C’est quelque chose que l’on arrache. Quelque chose que l’on retire, dans l’urgence, avec pr ...
C’est quelque chose que l’on arrache. Quelque chose que l’on retire, dans l’urgence, avec précaution : c’est un battement de cœur. Un battement de cœur que l’on arrache, que l’on retire, dans la précipitation, dans la douleur.
Parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Parce que c’était un battement qui frappait, qui voulait sortir, qui réclamait. Un battement auquel on ne pouvait rester sourd. C’était un coup, un coup comme un cri, un coup comme un souffle. Alors on l’a enlevé. Enlevé avec des pinces fines, doucement d’abord, puis d’un geste sec. Comme une épine sous la peau. Comme une décharge électrique. Cela n’a duré que le temps d’un instant, le temps d’un battement. Mon battement. Il était au fond de moi. Mon battement de cœur au profond de mes tissus, caché là depuis si longtemps, prêt à bondir, prêt à gravir, prêt à sortir. Un battement volatile qui voulait s’élever, comme une bulle d’air au fond de l’océan, comme un ballon arrimé dans un champ. Il fallait bien la retirer cette bulle, cette montgolfière, ce souffle, cet instant. Car pour le protéger mon battement, pour le garder enfoui, mon cœur ne cognait plus, de peur que le précieux trésor ne s’échappe. Alors je ne savais plus aimer, et je ne pouvais plus vivre. Les savants l’ont préconisé, les spécialistes l’ont prescrit, il fallait arracher le battement, comme on arrache une prise électrique, comme on arrache un secret, comme on arrache une tumeur, comme quand on arrache un cœur.
Alors ils ont arraché mon battement de cœur. Mon battement secret, mon battement caché, mon battement périlleux.
Et ce battement, sais-tu ce qu’il était ? Ce battement, c’était tes yeux dans le miens ce matin précis d’hiver où rien d’autre ne respirait. C’était un battement d’amour. Et je t’aimais.
© Réloue, janvier 2012
merci pour ce commentaire db. Quelle joie de voir que les fidèles surfers d'overblog sont toujours au rendez vous, même si l'on s'enfuie... Je me permets de m'attarder sur ton commentaire, je suis désolée je vais être longue, mais je ne peux résiter. Déjà parce qu'il est très agréable, mais surtout parce qu'il effleure cette problématique lancinante qui m'obsède à chaque fois que j'écris, que dis-je! à chaque fois que je pense : la question de l'écriture. C'est très flatteur, mais je ne me permettrais pas de me définir comme un écrivain ou un poète, bien incapable de raconter un évenement, une pensée ou une histoire, même pas la mienne. Je suis quelqu'un qui écrit, voilà tout. Mais avant cela, je suis quelqu'un qui sent, c'est là la clef. Tu le dis : tu photographie. Que faisons nous de différent? Nous sentons, voilà tout.
Si j'ai (presque) les mots pour le dire, c'est parce que je les vis. Je les vis bien plus que je ne les écrits. Les mots me bouleversent. Parce que la vie souvent, me renverse. Hypersensible, peut être, sans doute, je décuple les émotions naturellement, les sensations, les ressentis, cela est si fort en moi qu'il devient évident d'en faire la transcription écrite. Les instants, souvent très brefs, à peine quelques secondes, se figent en moi, s'incrustent au fond de moi, et les instants deviennent des mots en passant de mon coeur à ma tête. Mais les deux restent en mémoire, les mots et l'émotion.
Toujours cette question des mots revient en moi. Je n'exagère pas si je dis y penser chaque jour. Cela me rend folle. Je cherche les mots, je cherche ce besoin, cet instinct. Je ne sais pas d'où ils viennent et pourquoi ils résonnent particulièrement en moi, je me demande si d'autres pensent à ma façon, en formant des phrases en lieu des pensées.
Ecrire est une douleur folle, un déchirement, un accouchement difficile et terrible, effrayant et nécessaire, et la délivrance est un tel soulagement, à la fois fierté et humiliation, si mêlées que j'ose à peine présenter quelques uns de ces mots nouveaux nés sur un blog, pourtant si anonyme.
Rien n'est plus fort en moi qu'écrire. C'est d'une telle puissance que je peux à peine le supporter. Comment l'expliquer? Je cherche encore et toujours, j'explore ma relation aux mots, passionnée et conflictuelle. J'écris ici même régulièrement sur le fait d'écrire... tordu! Mais j'aimerais tant me libérer de cet appel, de l'encre sur mes doigts, de l'encre dans mes larmes, de l'encre dans mes veines. Mais je ne peux pas, écrire ne fait qu'appeler les mots, et les mots n'arrivent pas à décrire ce que c'est qu'écrire.
Pourtant dans la vie courante, vois tu, je ne suis pas communicante, j'ai du mal à trouver les mots. Même les mots de tous les jours. Même les mots comme bonjour. Je ne finis pas mes phrases, je laisse en suspens mes idées, je perds mes mots en chemin... quand je pense les mots sont absents, mais quand je sens ils s'imposent. Je crois que la vie s'est trompée, elle a confondu les boîtes de rangement : elle a rangé les mots dans la boîte du coeur au lieu de les ranger dans la boîte cranienne comme il faut.
Un jour je te raconterai ce que sont les mots des autres pour moi. Les mots des livres sont aussi compliqués à vivre pour moi que mes propres mots. D'autant plus qu'ils ont une vie propre, une vie matérielle sur des pages, rangées dans une couverture... Les mots des livres ont un corps.
Mais c'est une autre histoire. Alors si tu savais quel étonnement pour moi, à chaque fois, de constater qu'une poignée de personnes, par le biais de ce blog, comprennent que
je n'ai pas écrit que des mots.
Merci à toi db.