Partager l'article ! Battement précieux, battement périllieux.: C’est quelque chose que l’on arrache. Quelque chose que l’on retire, dans l’urgence, avec pr ...
C’est quelque chose que l’on arrache. Quelque chose que l’on retire, dans l’urgence, avec précaution : c’est un battement de cœur. Un battement de cœur que l’on arrache, que l’on retire, dans la précipitation, dans la douleur.
Parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Parce que c’était un battement qui frappait, qui voulait sortir, qui réclamait. Un battement auquel on ne pouvait rester sourd. C’était un coup, un coup comme un cri, un coup comme un souffle. Alors on l’a enlevé. Enlevé avec des pinces fines, doucement d’abord, puis d’un geste sec. Comme une épine sous la peau. Comme une décharge électrique. Cela n’a duré que le temps d’un instant, le temps d’un battement. Mon battement. Il était au fond de moi. Mon battement de cœur au profond de mes tissus, caché là depuis si longtemps, prêt à bondir, prêt à gravir, prêt à sortir. Un battement volatile qui voulait s’élever, comme une bulle d’air au fond de l’océan, comme un ballon arrimé dans un champ. Il fallait bien la retirer cette bulle, cette montgolfière, ce souffle, cet instant. Car pour le protéger mon battement, pour le garder enfoui, mon cœur ne cognait plus, de peur que le précieux trésor ne s’échappe. Alors je ne savais plus aimer, et je ne pouvais plus vivre. Les savants l’ont préconisé, les spécialistes l’ont prescrit, il fallait arracher le battement, comme on arrache une prise électrique, comme on arrache un secret, comme on arrache une tumeur, comme quand on arrache un cœur.
Alors ils ont arraché mon battement de cœur. Mon battement secret, mon battement caché, mon battement périlleux.
Et ce battement, sais-tu ce qu’il était ? Ce battement, c’était tes yeux dans le miens ce matin précis d’hiver où rien d’autre ne respirait. C’était un battement d’amour. Et je t’aimais.
© Réloue, janvier 2012
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